50 000 exemplaires sans subvention, ni pub, ni mécène : la revue XXI a gagné son pari

A l’ère du fascinant internet, le numérique s’impose dans nos maisons, facilite souvent notre vie, l’altère aussi. Parmi les premiers domaines concernés, le livre et la presse écrite. Même dans de grands groupes de presse, on apprend à jouer Twitter et aimer Facebook, la phrase clé étant « S’adapter ou disparaître. » Les tentatives de retrouver un “autre” intérêt dans l’écrit sont malgré tout nombreuses, le plus difficile restant de concerner les jeunes : de la cité des Livres à Bécherel près de Dinan (Ille-et-Vilaine) au festival Etonnants voyageurs (Saint-Malo) pour la Bretagne, en passant par les cafés-librairies nombreux dans la région. La revue XXI, elle, rentre dans les maisons, vendues maintenant en librairie et par abonnement (à signaler que le prix est le même qu’en maison de presse, solidarité pour les professionnels). Elle a commencé par le bouche à oreille (même si celui-ci avait de l’audience et des relais), considérée parfois comme un peu élitiste.  Aujourd’hui, la revue est diffusée aussi bien dans notre petite maison de la presse locale qu’à Francfort, Houston, Madrid, ou São Paulo, avec ses 50 000 exemplaires elle a de l’avenir devant elle en toute indépendance.
Comme il est écrit dans le tout dernier édito, il suffit juste “d’imaginer pour les gens. Nul n’est voué à disparaître. On peut aussi créer, rêver, risquer, défricher, inventer.”Pour ceux que cela intéresse, l’édito suit, complet, rempli d’optimisme. Et du coup, l’Escale a décidé de s’abonner … ainsi vous pourrez la découvrir ou la retrouver !

    EDITO XXI janvier 2012 Ces dernières semaines nous rencontrons beaucoup d’éditeurs étrangers intéressés par l’histoire de XXI et l’édition de la revue 6 Mois dans leur langue.
A Francfort, Houston, Madrid ou São Paulo, comme le facteur de Tati, nous sortons de notre besace les exemplaires de XXI et de 6 Mois. Nos interlocuteurs manipulent les revues, quittent des yeux les graphiques que nous avons préparés pour eux. Ils plongent dans la lecture. Au bout d’un moment, ils lèvent la tête. Et ils nous demandent de répéter les chiffres de ventes. Oui, c’est bien 50 000 exemplaires. Non, nous n’avons pas de subventions ou de mécène. Alors les questions fusent. Et si c’était aussi possible ici ? Objections et comparaisons, se succèdent. L’échange est passionnant.
Lorsque l’aventure de XXI a commencé, certains y ont vu le refuge en librairie d’un certain journalisme, old school. « Un média de niche », écrivaient-ils comme on concède à son chien un panier dans le garage avec un bol de croquettes. L’expérience montre au contraire qu’une porte a été ouverte et qu’il existe de multiples pistes à explorer pour des médias post-internet. La mondialisation des pratiques de l’information immédiate est une évidence. Internet est un outil fascinant et puissant, qui accélère ce processus. Le numérique s’impose dans nos existences, les facilite souvent. Il arrive aussi qu’il les altère. Cette évolution est un fait aussi réel que la terre où nous marchons.
La vie et l’information ne peuvent se résumer à un fil d’articles courts, à une collection de billets d’humeur, de tweets de 140 signes ou au bouton « like » de Facebook. Les médias du futur seront largement éclatés en contenus disséminés sur tous les écrans possibles. C’est déjà le cas aux États- Unis. Mais comme à chaque fois que la technique est envahissante, le danger est que l’outil prenne le pas sur le contenu. Aussi il est possible de penser autrement et d’inverser la proposition. En quoi le numérique peut-il aider à offrir un plus bel objet aux lecteurs ? Comment peut-il permettre la création de meilleurs journaux, nourris par les talents du monde entier, de livres mieux fabriqués, plus inventifs ? Quelle nouvelle relation est-il possible de nouer avec les lecteurs ? Cet automne, la direction d’un grand quotidien a imposé à tous ses journalistes une formation pour écrire sur Twitter et communiquer sur Facebook. Jeunes, vieux, érudits, touche-à-tout, amateurs d’imparfait du subjonctif, avaleurs de dépêche, grands reporters, novices, chroniqueurs, critiques, aucune exception n’était tolérée. Dans la salle, où se relayaient les petits groupes d’apprentis twittos ou facebookiens, une grande phrase était inscrite : « S’adapter ou disparaître. »
Existe-t-il formule plus triste ? S’adapter, c’est avoir l’esprit moutonnier. Steve Jobs le disait lui-même. Le fondateur d’Apple refusait de suivre le vent et de procéder à des études de marché. Personne n’a demandé à recevoir un Macintosh ou un iPhone expliquait-il, il faut juste l’imaginer pour les gens. Nul n’est voué à disparaître. On peut aussi créer, rêver, risquer, défricher, inventer.
Pour le prix d’une formation à Twitter, les curieux peuvent prendre un billet de dernière minute pour aller se balader dans le quartier du Plateau à Montréal, de la Madelena à São Paulo, dans Berlin-Est, Budapest, Beyrouth, en Californie, à Seattle, dans le quartier de Brooklyn à New York. Ils y verront des millions de jeunes étudiants aussi à l’aise avec Facebook qu’un formateur avec un Powerpoint, pour qui le numérique est un langage maternel, et qui pourtant se ruent sur les expositions, les festivals, les conférences et les librairies différentes, librairie-café, librairie-concert… Cette nouvelle génération plébiscite des journaux, des livres ou des revues atypiques, à contre-courant de productions stéréotypées. Des publications étonnantes apparaissent déjà aux États-Unis, au Brésil, au Pérou, en Espagne… et en France !
Cette jeunesse là ne rentre pas dans le moule préfabriqué par les opérateurs de téléphonie et des publicitaires avides de monétiser les algorithmes de l’information. Mais elle est aussi un visage de l’avenir.                       Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry

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Un commentaire pour 50 000 exemplaires sans subvention, ni pub, ni mécène : la revue XXI a gagné son pari

  1. Merci pour ce clin d’oeil qui nous a touché. XXI est porté par ces lecteurs qui renvoient vers d’autres lecteurs. Ouvrir un gîte pas comme les autres, une librairie ou une maison de la presse qui a de l’âme, proposer un service, publier des livres ou des revues qui respectent leurs lecteurs, c’est une même chaîne. L’Escale semble une bonne adresse à recommander… ou à tester par l’équipe de XXI au printemps prochain!

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