Voix bretonnes et vinâ indienne à Morlaix : un pari épicé !

inde fleurs_nAmoureux des voix bretonnes, de la musique celtique en particulier, de la Bretagne en général, aficionados  amateurs ou pratiquants mais pas rigides pour autant, capables de curiosité et d’émotion autres, le spectacle d’Armor India  s’adresse à vous. Si vous avez l’envie et le temps, voilà de quoi devenir connaisseur et s’imbiber du spectacle avant le soir J : petit point sur nos trois musiciens présents, Annie Ebrel,Yann Fanch Kemener et Raghunath Manet.

A la question « Faut-il craindre que la tradition se perde dans la modernité? », le danseur indien répond d’une façon qui pourrait convenir aux Bretons qui se la posent aussi…Une enquête qui révèlent des trajets d’envergure (n’hésitez par à laisser vos impressions même si elles diffèrent…)!

En prime, une petite vidéo toute fraîche des répétitions  : Yan Fanch Quemener et Raghunath Manet travaillent au concert ne pays bigouden…

Annie Ebrel et Yann-Fañch Kemener, une complicité très ancienne C’est probablement le Kan ha Diskan (le chant à danser breton) qui réunit Annie Ebrel et Yann-Fañch Kemener. Ils courrent depuis des années les fest-noz de Bretagne  avec des complices communs comme Erik Marchand, Valentine Colleter, Marcel Guilloux, Claudine Floc’hig, Ifig Troadeg et Patrick Marie ! On les retrouve encore dans le beau Carnets de route « , monumental ouvrage (voir plus bas) … Le rythme, le dynamisme, la fonction précise, la complémentarité de cet être à deux têtes qu’est un couple de chanteurs de Kan ha Diskan ne laissent place à aucun écart esthétique. De suite Fisel en suite gavotte et suite plinn, les timbres et les dictions se répondent, se complètent, s’épousent et s’opposent, relançant constamment l’écoute et taquinant irrésistiblement la plante des pieds. Du coup on peut se demander comment la soirée pourra éviter de “dégénérer” en fest noz et ce où le duo va devenir trio ? Confiance et surprise seront sans doute au rendez-vous.

Annie Ebrel chanteuse française d’expression bretonne ! ou le contraire !       Interprète de gwerz (chant tragique, épique) de chants populaires liés à l’amour, à la mort, Annie Ebrel peut être considérée comme la « voix » féminine bretonne de cette fin de siècle. Originaire de Lohuec, à la limite nord de la Cornouaille, elle commence son voyage musical, par la rencontre, l’échange, l’initiation et l’écoute d’autres chanteurs. Elle entreprend aussi des recherches documentaires et fait du kan ha diskan, chant traditionnel breton en temps et contre-temps, une de ses spécialités. Le public la connaît à travers ses concerts sur les grandes scènes régionales (Transmusicales, Tombées de la nuit…), nationales et divers enregistrements de compilations de musiques traditionnelles bretonnes. Quelques événements et dates-clés : Apprentissage du Kan Ha Diskan et concerts avec Marcel Guilloux et Louis Lallour et de 1989 à 1995,  compilations de voix celtique (Aux Sources du Barzaz-Breiz). Depuis 1990, elle est la voix du groupe Dibenn ( membres du groupe Hastañ). 1993, création musicale nationale contemporaine de Gérard Garcin Le Quatrième Passeur, en breton Ar Pevare Treizer. 1996, premier disque a capella Tre Ho Ti Ha Ma Hini. Tournée européenne (Allemagne, Italie, Norvège),  Paris dans le cadre du Printemps Celte et Transmusicales de Rennes. 1997 Prix de la Création Artistique de la Région Bretagne au Théâtre de la Ville (Paris) dans le cadre de la tournée Voix de Femmes du Monde 1998 Celtic procession de Jacques Pellen, avec Erik marchand et Riccardo Del Fra 1999 Diapason d’or pour l’album Voulouz Loar, et durant l’été la chanteuse se produit au festival des Vieilles Charrues 2008 Roudennoù, dans le cadre du groupe Annie Ebrel Quartet 2012 Tost ha pell, album en duo avec Lors Joui. La majorité de ses albums sont édités chez Coop Breizh

Yann-Fañch Kemener, un initié entre mondes et époques           Yann-Fañch Kemener est le messager de la Bretagne d’hier et de demain. Il a fréquenté l’école des anciens avec un apprentissage oral et a capella, depuis sa prime jeunesse, il chante la tradition et ainsi la perpétue. En quête de l’identité de son pays, la Bretagne, à travers le temps, la littérature, les légendes et la musique (gwerzioù, ballades, séries, berceuses), c’est l’histoire d’un homme qui franchit les trois étapes d’une vie, de la naissance à l’au-delà… pour lui tout est dans le Kan ha Diskan ! C’est le titre d’un de ses disques incontournables pour qui s’intéresse au principe des si particuliers chants à danser bretons. C’est aussi le répertoire qui captive le chanteur autant que l’inconscient collectif du peuple de Centre-Bretagne comme l’analyse René Guyomarc’h dans sa présentation du chanteur. En effet, « le Kan ha Diskan (chant à danser) demeure le mode d’expression privilégié et ne semble rien vouloir céder de ses prérogatives face aux autres formes, duos de sonneurs, en tête. En dehors des incontournables standards interprétés à chaque festoù-noz. Un certain nombre de chants sombrent peu à peu dans l’oubli, s’effilochent dans les mémoires. Et c’est là qu’intervient Kemener, dont la rigueur d’interprétation évite au chant la perte de son esthétique propre. Contrairement à tous ces agriculteurs, qui sont le fragile vecteur de traditions moribondes. Kemener se revendique musicologue et chanteur professionnel. Son talent réside dans la fidélité à une école mais aussi dans 1’usage savant du répertoire traditionnel »

Carnets de Route donne la parole aux modestes et anonymes. Ici en compagnie de Valentine Colleter, Annie Ebrel, Ifig Troadeg, Marcel Guilloux et Erik Marchand, il passe aux travaux pratiques. « Des travaux, poursuit René Guyomarc’h, qui comme ceux de la ferme savent être joyeux. Gavottes et plinn sont enfilés comme pour mieux décoller le cuir des semelles. Le bruit des souliers sur le sol témoigne de la fougue, du plaisir et de l’énergie déployés. Pour la première fois depuis des décennies depuis les enregistrements de Mouez Breiz effectués en directe, il est enfin permis de prendre connaissance du Kan ha Diskan, tel qu’il est pratiqué selon les règles d’un art ancestral, sans fioritures, a cappella. Les concessions faites à l’électricité et aux aguicheuses sirènes que sont bombardes et cornemuses sont ici abandonnées aux organisateurs de manifestations estivales. Car si on peut faire dire à un instrument une chose et son contraire, il n’en va pas de même pour la voix. Même si son propos est innocent ou désuet. Il est bien clair que ces Kan ha Diskan, par leur oralité bretonnante plus que par leur musicalité, sont irrécupérables. Ils sont le fondement même de la culture bretonne. Sans eux, celle-ci ne serait plus qu’un argument pour guinguettes touristiques. Le verbe de Yann-Fañch Kemener et de ses acolytes est si authentique qu’il les dispense du port intempestif d’un quelconque oripeau identitaire. »

An Dorn  un album rencontre entre Yann-Fañch Kemener et Aldo Ripoche, Aldo Ripoche est violoncelliste de formation classique, issu d’un univers musical « aristocratique »…la preuve que tous les mondes peuvent connecter !  Au-delà du clivage codifié entre ces mondes, les deux musiciens recherchent la complémentarité des voix, celle du chanteur et celle de l’instrument, pour revisiter le répertoire Breton des complaintes et balades, gwerziou et soniou, plinn ou ridées…« Entre baroque et traditionnel, les deux voix ainsi conjuguées abordent ce répertoire éternel de la Bretagne, sans jamais le trahir ou le défigurer, seulement pour y ajouter peut-être une touche d’universalité… »

Avec Didier Squiban, trahir et transmettre « Il faut avoir entendu la voix nasale, haut-perchée, faire ‘sonner la langue’ et sautiller, au rythme d’une danse fisel, sur les marteaux au galop du piano. Avoir écouté les notes chargées d’âme se glisser dans la complainte mélancolique d’un ‘départ de marin’, comme un soupir parmi les larmes, une phrase de Billie Holiday entre deux caresses cuivrées de Lester Young, pour comprendre que ce duo pousse au plus haut point la complicité. On peut parler d’osmose, de fusion entre la musique et le chant. Il y avait dans ce concert, et dans le nouveau disque ‘Kimiad’ qu’ils présentaient à cette occasion, quelque chose de ce moment magique où, dans le reflux, l’eau, soudain minérale, s’évanouit dans le sable. Enregistré au même endroit, mais sans public, le troisième CD de Squiban/Kemener est prenant, inspiré » (presse, site de YFQ). « ‘Cet enregistrement résume l’esprit de ce que nous avons vécu ces cinq dernières années. Mais j’espère que nous allons encore plus loin avec ces titres inédits, équilibrant danse et gwerz, largement empruntés au répertoire vannerais’, explique Squiban. Aux puristes que ce mariage de l’improvisation jazz et de la tradition froisserait, Yann Fañch Kemener répond par avance : ‘la réussite de cette rencontre, c’est de proposer une autre façon de présenter, en utilisant de belles mélodies. Etymologiquement, dans tradition il y a trahir, mais aussi transmettre« . Pour Didier Squiban, c’est aussi clair : ‘Enez Eusa’ pourrait être un standard de jazz au même titre que ‘My funny Valentine’.(…) Si un chant te soulève, laisse faire le chant, dit un fort joli texte en français du disque. Avec ‘Kimiad’ (départ, en breton), il n’y a pas d’autre choix que de se laisser emporter.

Enfin à la question « Faut-il craindre que la tradition se perde dans la modernité? », Raghunath Manet répond sur sa conception de l’art et son rôle de passeur entre tradition et modernité. Eternelle question qui taraude ceux à la recherche des racines tout en voulant être de leur siècle !
 » Ce sont ceux qui en ont peu qui ont la peur de la perdre… Je suis moi-même de formation très traditionnelle, archaïque même, mais cela ne m’empêche pas de voyager, et de donner une forme moderne à mon art. Plus on possède bien son art, plus on peut s’ouvrir. Je suis là pour montrer les essences esthétiques indiennes, les redonner aux Indiens, et au monde. Je ne veux pas de tradition en boîte de conserve. A chaque génération, de grands créateurs sont venus pour régénérer la tradition, la réexprimer. Ce que l’on connaît est une petite pierre, ce que l’on ne connaît pas encore est une montagne, un océan. Dans mes troupes, on voit se produire des musiciens et des danseurs de générations différentes. Les grands maîtres ont toujours été les premiers à s’ouvrir aux progrès, à la nouveauté. La différence qui fait la richesse. Je danse  à travers l’Europe, et je vois bien qu’il y a des différences entre l’art italien, l’art danois, allemand, corse, etc. »Lire aussi Morlaix passe à l’heure indienne et  Raghunath Manet, Annie Ebrel,Yann Fanch Kemener : un trio indo-breton qui remet les codes en question

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