Musique et cordes pincées : une affaire de talents et d’amitié

Il faut toujours des mois pour préparer ce Petit Festival de musiques en Trégor, quelques jours pour le suivre et c’est déjà fini ! Comme tout événement, les bénévoles le savent bien ! Les crêpes aussi s’avalent plus vite qu’elles ne sont fabriquées ! Heureusement, chaque édition est apprentissage, on améliore, on apprend à s’apprécier, on découvre des musiques, les habitants toujours fidèles, des « passagers » qui à la longue deviennent des amis. Avec pas loin de 40 musiciens qui aiment revenir, et 25 événements à découvrir, c’était du lourd, mais grâce à l’enthousiasme de tous et le caractère ludique du festival, ce fut léger ! L’Escale pour une fois a ouvert ses portes aux mélomanes. Un moment riche de rencontres musicales et de projets ! Quelques regards sur cette petite semaine pour en évoquer les temps forts...

La météo fantaisiste n’aura pas réussi à entamer le moral du public. Que ce soit dans les chapelles de Plufur ou Guimaëc, ici piano sous un parapluie dans la vallée de Lapic ou là du flamenco pas loin des chèvres de la ferme de Kernevez, dans les églises de Locquirec ou du Ponthou, les cafés et les sentiers, les festivaliers étaient présents… Avec des moments inoubliables dont le final au Caplan où le petit concert Satie était digne d’un grand cabaret et des moments magiques comme cette soirée au Dourduff où le soleil s’est couché sur la baie au son de la Kora (trop long à tout relater, voir site et blog du Petit festival en cours).

Côté café, des lieux très fréquentables…  Evidemment les musiciens n’ont pu attendre le vrai départ. Un prologue était prévu… mais dans les Côtes d’Armor. C’est le café Théodore qui recevait le  Boubou Guezmer Band revisitant le klezmer à sa façon. Piano, guitare, clarinette puis très beau slam pour le tout premier acte ! Le Caplan lui a fait l’ouverture et la fermeture du Festival, assez logiquement puisque l’association est née dans la commune de Guimaëc : musique et marionnettes d’abord histoire de mettre en route les festivités, puis spectacle chanté Satie-rique pour le final, suivi d’une cantate érotique à deux voix façon Lully écrite par l’un des nôtres (moment épique). Enfin le café Gwaskell à Locquirec a revécu des scènes mythologiques mises en musique au  XVIIe siècle à l’étonnement des habitués venus boire leur bière dominicale. A celui des enfants aussi, comprenant enfin pourquoi Méduse  était si méchante… Chaque fois, les cafés ont fait le plein et l’ambiance y était bonne ! Des espaces vivants ouverts à tous et toute l’année, un prix d’entrée libre… en Bretagne, le café reste un lieu de passage et de partage. On aime !

Côté campagne cela devient une tradition : impossible d’écouter de la musique sans avoir à randonner et ce quelque soit le temps. Même mouillé, c’est un plaisir avec toujours de la musique au bout de la verdure. La chapelle de Plufur n’est accessible qu’à pied, le Ponthou a été visité de fond en comble sous le soleil et la houlette d’un historien du patrimoine, la vallée du Lapic a été investie par de drôles de bêtes et de bien étranges personnes…

Côté enfant, une fois partis on ne les arrête plus : pour eux étaient prévus des ateliers chant en breton, des balades contées, des marionnettes. C’était sans compter les concerts qui les initiaient à ces étonnants instruments que sont le théorbe ou les luths dans toute leur évolution.  Ils ont tenu en toute circonstance. L’avenir est assuré comme acteur ou comme public  !

Côté concert, diversité, classe ou cool : parmi les petits (d’une demi-heure) et les grands (plus longs et dans les églises capables de recevoir du public en nombre), il y avait le choix : luth, guitare, théorbe, harpe, oud, saz, kora étaient à l’honneur,  cordes pincées obligent…  A Guimaëc, le luth était en compagnie de deux violes de gambe (inoubliable Captain Hume), à Plufur d’une épinette, à Locquirec il se nommait « saz » (notre spécialiste Jérôme Cler reviendra en nombreuse compagnie), à Plouzoc’h « kora ». La guitare en duo avec le violon se faisait romantique à la chapelle des joies et andalouse à la ferme des chèvres ! La harpe donnait son meilleur dans le concerto de Haendel sous les voûtes polychromes de l’église de Locquirec tout juste restaurées. Sans oublier les musiques médiévales de la route de Saint-Jacques de Compostelle, le Musical Banquet au manoir de Kerbourand, l’incroyable messe à trois voix de Caplet au Ponthou, le quintet Ropartz et autres moments musicaux dans des lieux improbables…

Impromptu musical parmi d’autres  : lors du concert de luth et épinette, deux violoneux locaux se sont joints aux musiciens du festival. Extrait a venir.

De l’image Pour introduire sa quatrième édition dédiée aux cordes pincées, le Festival proposait au café Theodore un poétique court-métrage Arachnée mettant en parallèlle le travail du tissage et celui du musicien. Filmé en super8 (souvenir, souvenir!), il mêle le noir et blanc à la couleur, prenant des allures de récit à la Cocteau. Clin d’oeil aux tapisseries de Cloé Rousset qui exposait au Caplan durant la semaine et qui pour l’occasion avait créé un violon très spécial aux cordes métalliques brodées (toujours visible pendant l’été au café-librairie Caplan)! Images encore inattendues avec la surprise du Manger et Musiquer. Douze convives avaient été élus par tirage au sort lors d’un concert : le repas était fait de fleurs et de musique. A suivre…

Et enfin… Côté taux de fréquentation, le Petit festival a atteint son objectif, l’enjeu étant d’intégrer les jeunes (gratuité pour les moins de 25 ans et ateliers pour enfants). Côté programmation, 2012 était plus équilibré. Globalement,  le festival trouve son rythme de croisière. Fort d’une petite quarantaine de musiciens, vingt-cinq événements sur onze communes et six jours de fête, le festival a finalement pris ses aises… avec intensité ! Le but à long terme étant de diversifier l’offre locale et de prendre racine  dans ce territoire déjà si riche. Enfin, et ce n’est pas une évidence, l’enthousiasme reste inchangé : même si de nouvelles forces seraient bienvenues, les bénévoles repartent pour une cinquième édition. Après les claviers, les instruments à anche, les cordes pincées, l’édition 2013 rendra hommage aux cordes vocales…

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Avec Sylvia Abramowicz, viole de gambe/Éric Achille, piano et guitare/Henri Bideau guide-conférencier/Delphine Biechler, piano harmonium/Pascale Boquet luth/Laura Castro voix/Louis Creac’h violon/Augusto de Alencar chant, percussions cornemuses/Caroline Delume guitare/Olivier Depoix clarinette, cornemuse /Franck Devedjian poète et compositeur/Tidiane Dia chant et kora/Myriam Duault alto/ Jonathan Dunford, viole/Thomas Dunford, luth/Freddy Eichelberger, épinette, clavecin/Mélanie Flahaut, basson/Maryse Fruleux, flûte traversière/Michel Gendre, luth/Keiko Gomi, violoncelle/Mathilde Horcholle, traverso/Emmanuelle Huteau, voix, direction artistique/Pascale Jardin, alto/Denis Lacaze, marionettiste/Sarah Ledoux, violoncelle/Olivier Leinen, flûte/Claire Le Hir, harpe/Sonia Massiot, violon./Jean-Frédéric Noa, marionnettiste/Elsa Papatanasios, voix/Tereza Pavelkova, théorbe/Marie Perbost, voix/Alice Piérot, violon/Claire Piganiol, harpe/Camille Rancière, violon, alto, direction artistique/Olivier Rault, voix/Cloé Rousset, plasticienne/Dagmar Saskova, voix/Sophie Talon comédienne/Yves Vandewalle, guitare/Anne-Marie Vanheule, violoncelle/Sebastian Vargas, : théorbe/Marthe Vassallo, voix/Koji Yoda, violon/en Off : Laurence Lescure, pianoforte/Georges Troly, guitare….et tous les autres

Souvenirs de cette édition retrouvés dans le roulis du bateau, par notre ami Etienne, capitaine de vaisseau intergalactique… des lignes poétiques qui évoquent parfaitement l’esprit de ces six jours : « Dans le registre des émotions douces : de ma cabine, le léger roulis de l’Armorique me rappelle le rythme de la kora de Tidiane, alors que la rade ensoleillée achevait de se remplir, puis commençait à se vider, enfin bien après que le soleil fut couché. Je ne me souviens d’aucun morceau en particulier, juste du bien-être que procurent les voix du griot et de la kora, ainsi que du balancement lancinant de sa base mélodique. La nuit est tombée, le musicien continue à nous faire voyager, il disparaît dans la nuit : peau noire sur fond de mur en schiste, seuls ses yeux et la demi sphère de peau claire de sa harpe ressortent à la clarté d’une lampe tempête…

 Marthe Vassallo nous convie dans son salon aux fougères Un quart d’heure avant le départ, il ne pleut pas encore ; cinq minutes avant le début de la ballade, trois gouttes de crachin ne suffisent pas à chasser les quelques 70 personnes déjà arrivées ; Ensuite, le groupe se met en marche dans le joli chemin creux qui descend de la chapelle des Joies vers Kerambellec, il se met à pleuvoir franchement, pesamment, sur les feuilles d’arbres qui nous protègent encore, un peu. Avec les retardataires, se sont 80 personnes qui suivent la voix de Marthe et la flûte de Mathilde, qui s’arrêtent et écoutent, qui se laissent surprendre par les marionnettes de Denis et Jean-François. Après un détour par la fontaine, où une jeune fille endormie se laisse séduire par un bel et honnête chevalier, nous arrivons dans le grand salon aux fougères : il y a bien des fenêtres, qui abritent des courants d’air, mais le plafond a disparu ! Il y a bien un piano, mais il a singulièrement rétréci, et s’abrite comme il peut sous son grand parapluie ! Marthe et Delphine tiennent salon et nous distraient d’une mélodie parfaitement romantique et folkloriste : vous êtes désormais prévenus… prenez garde aux lavandières de minuit…

 Création au Caplan d’une oeuvre du dernier compositeur de la cour de Louis XIV, résidant au château de Meudon. Il n’est pas, comme Lully, le plus français des italiens, mais bien le plus français des arméniens et son style n’a rien à lui envier. Cette cantate, que l’on peut classer discrètement dans le genre érotique, a pour titre « La Jouissance ». Vénus y tient… son rôle ! Et une mortelle y tient… son rôle de mortelle. Les musiciens, tous brillants, interprètent la partition sur manuscrit d’époque, quel privilège pour eux de travailler sur un matériel d’orchestre si vénérable. Nous souhaitons ardemment que cette oeuvre ne retombe pas dans l’oubli injuste dans lequel elle était plongée depuis son écriture. Vous n’avez rien compris à ce paragraphe ? Sans doute n’y avait-il rien à comprendre, juste à rire, rire aux éclats, mourir de rire, pouffer de rire, rire sur scène comme dans la salle…

Zut, zut et reflûte, j’ai vraiment été trop bavard… Je n’ai plus la place pour parler du flamenco dans la cour de la ferme, ni de la création d’un concert-lecture dans l’étable au taureaux, ni des folles parties de palets, ni de la pluie qui n’a rien gâchée (grâce au trèfle à quatre feuilles trouvé par Geneviève le premier jour), ni des trois rayons de soleil quotidiens, ni de tous les autres concerts (Yes ! J’ai réussi le grand chelem ! Je n’ai raté qu’une conférence et le concert des tout petits). Ni des bons repas, ni des machines à coudre qui ont chauffé pour la préparation des costumes, ni de… ni de… ni de… Il est temps de refermer cette page de bons souvenirs, de riches rencontres… Et, plus prosaïquement, de filer au quart !

Pour en savoir plus sur Son ar mein et le Festival

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