Cloé Rousset tisse le fil de plusieurs vies

Son goût pour le textile, Cloé l’a depuis toujours. Ses études aux Arts appliqués  n’y sont pour rien, elle y a appris les techniques, trouvé des idées, partagé des enthousiasmes mais la sensibilité à la matière, la recherche de la douceur ou de la transparence, elle l’a en elle comme une sensualité très archaïque qui lui viendrait d’une arrière-grand-mère ! Elle n’avait qu’à tirer le fil ! Parallèlement aux musiques du Petit Festival, on vient de découvrir son univers tout près d’ici. Images de ses trésors…

Petit portrait d’une artiste singulière

Elle collecte toutes les chutes de tissus et de voiles, les fils de soie, de coton ou de laine. A ces restes inutiles, elle redonne vie en les associant, les surpiquant, les appliquant sous des formes insolites et des teintes toujours harmonieuses. De fil en aiguille, des petits paysages brodés apparaissent sur organdi, laineux et aériens sur du feutre élimé. De sa dernière année d’études en Lituanie, elle rapporte de grandes tapisseries où se mêlent papier journal et fibres textiles, tissage – lirette ou patchwork appliqué sur toile de lin. Et parce qu’elle peint et pratique la sérigraphie, la gravure à l’eau ou le dessin, avec sa machine à coudre elle joue avec légèreté de toutes les techniques. Depuis peu, l’artisane s’inspire de broderies et couleurs Gujarati (Inde du Nord).

Quand la poésie textile revendique ses lettres de noblesse

C’est un travail remarquable de finesse et de délicatesse que Cloé Rousset nous invite à découvrir à chaque exposition. « Avec la série « des pas sages errent », je mène une réflexion sur l’enfance, sur le grandir et l’émancipation », confie la plasticienne. Laquelle part de pièces de vêtements d’enfants d’ancienne époque. Par exemple des robes de baptême ou de naissance de vieilles familles bourgeoises. Fruit d’un long travail antérieur, ces pièces sont parfois de vrais trésors qu’on ne saurait refaire. à la lisière entre parures et bijoux, elles sont comme habitées par le temps. Alors comme dans ses rêves elle continue à les faire vivre. « J’imagine quelqu’un qui les porte et qui les use. » Cloé y incruste des accrocs, des tâches, des lambeaux élimés… Subtilement métamorphosés par leur seconde vie, les habits prennent une allure étrange. Et il y a « les étranges errent » : on aimerait porter ces robes suspendues en haut d’échasses et qui embrassent le ciel, faites de transparences et textures inconnues. Ou ces dentelles de feutre qui grimpent dans le cou. Des « matières à dessiner » ou « à rêver » aux « matières à porter » ou à « s’envelopper » elle sublime l’ordinaire.

« Je sors ma palette de fil comme une palette de peinture. » Alors elle brode, tisse, coud, teint, feutre… Des fragments de paysage surgissent, fils délicats, fibres de papier et bribes de dentelles s’entremêlent, les tons et les couleurs s’épousent. « Méditatives », « Singulières », « Baladines », « Nébuleuses », « Exotiques », « Vénéneuses », « Aériennes »… ce sont les familles de bijoux textiles de Cloé Rousset, des mots qui brodent de fils d’ange ses pièces. Un monde qui se nourrit sans cesse de frêle poésie aux tons délicats déclinés en fragments de paysages presque oniriques, on franchit le pas ailleurs. Matrice originelle ? Fête foraine ? Lichens et végétaux ? Ces miroirs et coeurs surbrodés mêlés à la sobriété du feutre sont comme des explosions de vie en ondes de couleurs. Une sorte d’univers enchanté qui emprunte les sillons de l’art populaire. Pas étonnant que sa route l’ait menée à partager sa passion avec le merveilleux musée de Laduz (Bourgogne). Du bel art empreint de préciosité, fragile comme la vie.

Bijoux de poussière « A partir de chutes d’anciens travaux textiles (débris de fils, fragments de tissus et papiers,…) je tricote, ligature, pique, surpique et façonne des petits ornements à la lisière entre parures et bijoux. Ces chutes ont un caractère précieux car elles sont le fruit d’heures passées sur un ouvrage antérieur, elles sont habitées par le temps. Cette démarche créative célèbre l’instabilité et la fragilité de l’existence, donne vie à la poussière. »

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« Fragments de matières à rêver… où se perdre dans une tache d’encre, se laisser emmener par les stries d’une peinture écaillée, deviner l’histoire d’une étoffe élimée devient un plaisir et une source vibrante de création. La broderie se mêle à l’encre qui fuse quand la photographie se détricote au gré des songes et le sac plastique se fond en dentelle urbaine, usure moderne… »

La phrase qu’elle préfère : « J’adore les mauvaises herbes. La création doit être sauvage. » Ody Saban

Plus d’infos sur son site plus complet… et puis elle parle de tout cela tellement bien !

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